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🎼 Batman: Arkham Origins

Dans la sĂ©rie Batman: Arkham, j’ai toujours eu un peu pitiĂ© de l’épisode Batman: Arkham Origins: si les deux prĂ©cĂ©dents Ă©pisodes avaient Ă©tĂ© produits par Rocksteady Studios, l’éditeur Warner Bros. Games avait mis la production de cet Ă©pisode entre les mains de WB Games MontrĂ©al. En plus d’ĂȘtre considĂ©rĂ© comme “juste un spinoff”, Ă  la maniĂšre d’un membre gĂȘnant du Politburo, cet Ă©pisode Ă©tait mĂȘme exclu de toutes les rééditions, packages, etc


Mais moi, j’y avais jouĂ© sur PC Ă  l’époque, c’était le dernier que mon PC pouvait faire tourner et le vrai troisiĂšme Ă©pisode Ă©tait, Ă  sa sortie, trop buggĂ© pour que je veuille penser y jouer un jour. J’avais beau lire et regarder des reviews rappelant tous les problĂšmes du jeu, je gardais mes oeillĂšres,


Jusqu’à ce que j’y rejoue moi-mĂȘme.

Un Long Noël

Comme mis en place dĂšs le premier Ă©pisode, cet Ă©pisode se dĂ©roule en une nuit: ici, celle de NoĂ«l. Et comme dans le second Ă©pisode, il se dĂ©roule dans Gotham City, une ville pas encore transformĂ©e en prison Ă  ciel ouvert, et encore peuplĂ©e de citoyens normaux. Nous sommes cinq ans avant l’émeute de l’asile d’Arkham, dĂ©crite dans le premier jeu, et le caped crusader dĂ©bute encore dans sa croisade contre le crime, et est toujours confrontĂ© Ă  une police corrompue, et n’a mĂȘme pas le soutien du Commissaire Gordon, seul le fidĂšle Alfred l’accompagne dans son combat.

Cette annĂ©e, Black Mask, le cĂ©lĂšbre mafieux, a mis sa tĂȘte Ă  prix: 50 millions de dollars pour qui lui amĂšnera la tĂȘte de la chauve-souris. Une somme qui attire donc huit assassins de renom, tous les hommes de main qui n’ont rien de prĂ©vu pour le rĂ©veillon, mais aussi tous les flics corrompus de la ville, qui dĂ©cident de renforcer les rondes


Notre hĂ©ros, aussi dĂ©butant et inexpĂ©rimentĂ© qu’il soit, n’a pas le choix: pour protĂ©ger les innocents, il faudra qu’il mette tous ces criminels derriĂšre les barreaux!

La premiĂšre impression c’est qu’enfin, on en a fini avec le Joker: l’antagoniste ancestral Ă©tait dĂ©jĂ  au coeur du premier jeu, et venait voler la vedette du second en remplaçant ce qui aurait dĂ» ĂȘtre le boss final. Au bout d’un premier quart du jeu, mauvaise surprise: il est de retour, comme une merde qui remonte dans les chiottes.

Une premiĂšre dĂ©monstration du rapport trĂšs particulier qu’entretient le jeu avec le recyclage.

AmĂšre Copie

Jusque-lĂ , chaque jeu implĂ©mentait son propre environnement: l’asile d’Arkham, ou la ville de Gotham. Pour cet Ă©pisode, pourquoi s’emmerder? Les dĂ©veloppeurs ont eu le droit de rĂ©cupĂ©rer le code de l’épisode prĂ©cĂ©dent et ont vite-fait copiĂ©-collĂ© la ville, sans s’emmerder1, mais ils ont quand mĂȘme pensĂ© Ă  ajouter de la neige. AprĂšs tout, c’est NoĂ«l!

La copie ne s’arrĂȘte pas lĂ : si le travail de Rocksteady sur Arkham City avait eu des critiques dithyrambiques, pourquoi changer une formule2 qui gagne? Pas besoin de rĂ©inventer Batman et ses mouvements, il suffit d’utiliser le mĂȘme, avec les mĂȘmes gadgets. Attends, quoi?

DĂšs Arkham Asylum, la formule empruntait au Metroidvania: notre hĂ©ros pouvait acquĂ©rir divers gadgets lui permettant d’accĂ©der Ă  de nouvelles zones, optionnelles, ou nĂ©cessaires Ă  l’histoire, et malgrĂ© la libertĂ© de mouvement extrĂȘme que Arkham City pouvait apporter lors des dĂ©placements entre les immeubles de Gotham, la formule continuait ici aussi, Batman commençant avec son grappin et ses batarangs classiques, et terminant le jeu avec des grenades de glace, un doubles-grappin,


Il est donc trĂšs fortement surprenant que dĂšs les premiĂšres minutes de jeu, notre hĂ©ros masquĂ©, SEPT ans avant cette aventure, commence le jeu avec TOUT cet arsenal. Tout? Non, les grenades de glace sont remplacĂ©es par des
grenades collantes. Un gadget qui fonctionne pareil (il bloque les ennemis sur place, et bouche temporairement les conduites de gaz), Ă  un point extrĂȘme et mĂȘme carrĂ©ment dĂ©bile: les grenades de glace Ă©taient souvent utilisĂ©es dans des puzzles oĂč elles permettaient de crĂ©er des plateformes flottantes permettant de naviguer dans des zones inondĂ©es3, ce qui Ă©tait totalement logique.

Croyez-le ou non, mais j’ai passĂ© UNE DEMI-HEURE Ă  essayer de passer un tunnel inondĂ© par diverses manoeuvres de vol planĂ©, avant de me dire “Mais enfin, je ne vais quand mĂȘme pas crĂ©er une plateforme flottante avec une grenade collante?”. Eh bien si.

Quant aux autres gadgets
des gants Ă©lectriques, qui sont marrants pour ajouter du score, mais vraiment pas Batman-core, une espĂšce de pistolet Ă  ondes pas vraiment utile, et une double-griffe qui relie deux Ă©lĂ©ments entre eux
qui n’apporte de vĂ©ritable nouveautĂ© qu’en combat, mais qui reprend encore un gadget existant lors de son utilisation pour traverser des zones


Et si l’on pouvait espĂ©rer que cette copie conforme se limitait Ă  la zone de jeu, ou aux gadgets
ce n’est malheureusement pas le cas. Vous vous souvenez peut-ĂȘtre des trophĂ©es de l'Homme-mystĂšre, qui Ă©taient Ă©parpillĂ©s dans la ville de Gotham du second jeu, et prĂ©sentaient tous des Ă©nigmes environnementales, vĂ©ritables prĂ©curseures des Korogu de Breath of The Wild? Ils sont de retour. Ce ne sont pas EXACTEMENT les mĂȘmes, mais c’est la mĂȘme chose, les mĂȘmes gimmicks, les mĂȘmes copies,
 À en dĂ©goĂ»ter le joueur qui voudrait explorer plus.

Un jeu sérieux pour des troubles sérieux

Au-delĂ  de ses problĂšmes de copie mal chiĂ©e, le jeu embarque aussi avec lui des problĂšmes inhĂ©rents Ă  son propre dĂ©veloppement, et sa mauvaise conception. Par exemple, toute l’échelle de progression Ă  base d’objectifs Ă  accomplir pour dĂ©bloquer certaines upgrades est totalement cassĂ©e, certaines Ă©tapes sont bloquĂ©es par d’autres, avec certaines avancĂ©es dans le jeu pouvant empĂȘcher d’en dĂ©bloquer d’autres. Il suffira ainsi d’avoir un peu trop progressĂ© dans l’histoire, pour que tout cet arbre de dĂ©pendances soit brisĂ©, le genre d’erreur de design qui ne peut s’expliquer que par un manque d’attention, et une attitude “fourre-tout”.

C’est d’ailleurs un mot qui rĂ©sume bien l’histoire aussi: elle va de partout! Il faut arrĂȘter les huit assassins, mais pour ça il faut arrĂȘter Black Mask, mais il a Ă©tĂ© butĂ© par le Joker, qu’on envoie en prison au premier tiers du jeu, mais Bane dĂ©cide de devenir l’antagoniste principal et envoie Alfred Ă  l’hĂŽpital, mais finalement le Joker a pris le contrĂŽle de la prison,
 Le jeu est incapable de dĂ©cider aprĂšs quel danger courir, et au milieu de tout ça, les fameux “huit assassins” apparaissent parfois le temps d’une scĂšne pour faire de la figuration4, tandis que d’autres sont relĂ©guĂ©s au rang de quĂȘtes annexes


Alors on pense que l’on pourra se consoler Ă  traverser la ville que l’on a tant apprĂ©ciĂ©e jusque-lĂ , agrĂ©mentĂ©e d’ailleurs d’une seconde zone et d’un fast travel cohĂ©rent diĂ©gĂ©tiquement, mais mĂȘme lĂ  on se sent flouĂ©: il y a des tours Ă  grimper pour dĂ©bloquer les zones, comme si on Ă©tait dans un jeu Ubisoft, faisant de cet Ă©pisode un jeu Ă  pattounes.

Poussant encore plus loin le manque de soin apportĂ© au game design: Ă©tant donnĂ© que la ville n’est pas peuplĂ©e QUE de criminels, il sera parfois possible d’intercepter une communication de police pour apprendre qu’un crime est en cours, et l’on pourra se dĂ©tourner de l’objectif du moment pour sauver, non pas la veuve et l’orphelin, mais des flics qui se font attaquer par des gangsters, car c’est bien le SEUL crime qui existe Ă  Gotham, et il sera IMPOSSIBLE de voir le moindre civil dans les rues de la ville, les seules victimes innocentes existant se trouvant ĂȘtre
dĂ©jĂ  mortes, leurs cadavres jonchant le sol Ă©tant la seule maniĂšre qu’a trouvĂ© le jeu de nous rappeler que les mĂ©chants sont mĂ©chants, un gimmick dont la sĂ©rie ABUSE, au point que certaines zones sont littĂ©ralement JONCHÉES de corps, pour aucune autre raison que dire au joueur “Attention, chien mĂ©chant”. Ce qui ne fonctionne pas du tout, tant il y a une dĂ©connexion entre ces morts “opaques”, et l’absence de citoyens innocents que l’on pourrait voir vouloir vivre leur vie de maniĂšre normale et que l’on voudrait protĂ©ger


Coeur de Séisme

C’est lorsque j’ai enfin explorĂ© le DLC, dĂ©diĂ© Ă  Mr. Freeze, que j’ai eu une illumination sur ce qui aurait pu, ou dĂ», ĂȘtre la vraie direction de ce jeu. Alors que je dĂ©couvrais une partie de Gotham prise dans la glace, et qu’une autre s’avĂ©rait inaccessible, j’ai repensĂ© au trĂšs cĂ©lĂšbre arc No Man's Land: Ă  la suite d’un violent tremblement de terre, la ville de Gotham se retrouvait dĂ©vastĂ©e et modifiĂ©e structurellement, et pendant toute une annĂ©e de publication, la ville se retrouvait abandonnĂ©e par le gouvernement fĂ©dĂ©ral, et ses diffĂ©rents quartiers devenaient l’objet d’une guerre des gangs, avec les derniers flics restĂ©s sur place, dĂ©cidĂ©s Ă  protĂ©ger les civils.

Il aurait donc suffi de reprendre la carte existante, la dĂ©grader un peu, utiliser le tremblement de terre pour expliquer l’absence de civils dans les rues, remplacer les “crimes en cours” par des affrontements entre flics et gangs, retirer ses gadgets Ă  Batman pour signifier sa perte de moyens dans cette ville renouvelĂ©e,
 Tout ça sans l’idĂ©e miteuse d’une prĂ©quelle cinq ans plus tĂŽt, un arc global qui pouvait se passer du Joker5, mettre en place plusieurs antagonistes majeurs et donner Ă  chacun sa propre quĂȘte, voire mĂȘme, soyons fous, transformer le jeu en open-world oĂč le joueur aurait pu s’attaquer sĂ©parĂ©ment Ă  libĂ©rer chaque territoire dans l’ordre de son choix, apportant un aspect totalement nouveau Ă  la sĂ©rie de jeux,


Mais nous avons eu Arkham Origins.


  1. Les deux versions ont chacune leurs petites variations, comme des ruelles inondĂ©es dans l’un, ou couvertes de glace dans l’autre. ↩︎

  2. Car, en effet, l’éditeur n’a eu aucun problĂšme Ă  changer une Ă©quipe qui gagne. ↩︎

  3. Une constante de ces jeux: Batman ne sait pas nager. ↩︎

  4. Vraiment, un Batman en dĂ©but de carriĂšre, qui dĂ©fonce Deathstroke comme premier boss, c’est limite indĂ©cent. ↩︎

  5. Dans le comics original, il n’intervient rĂ©ellement que dans la toute derniĂšre partie de l’arc, oĂč il sert surtout Ă  poser une derniĂšre question morale sur le retour Ă  la normale de Gotham et de ses citoyens aprĂšs une annĂ©e de chaos. ↩︎

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