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🎮 Dave the Diver

La première fois que j’ai entendu parler de Dave the Diver, c’était sur Twitter: on y voyait un nerd plutôt corpulent agiter des glowsticks lors d’un concert d’ idol. Plus tard, j’ai entendu parler d’une collab’ du jeu avec Goddess of Victory: Nikke, une franchise…pour le moins sulfureuse.

J’ai trouvé ça très étrange pour un jeu de pêche. Mais en soi, si tous les jeux incluent un mini-jeu de pêche, n’est-il pas logique qu’un jeu de pêche inclue des mini-jeux de tout?

Dave le Bon Coeur

Le nerd corpulent vu plus haut n’est pas le héros de notre aventure. Ce titre va à Dave, notre gentil héros à la personnalité plutôt effacée qui va être entraîné dans cette histoire par son pote Cobra, qui veut lancer un restau de sushis avec Bancho, un chef expérimenté. Et ils ont trouvé l’endroit idéal pour ça, juste à côté d’un trou bleu à la géographie changeante et rempli d’une tonne d’espèces maritimes pas toujours conciliantes avec les êtres humains.

Le bon Dave n’en fera rien, et il plongera pour choper des poissons frais1 pour le restaurant. Le matin, l’après-midi, et parfois le soir si le joueur le désire. Et puisqu’après tout, ces plongées ne nécessitent pas tant d’efforts, il lui sera demandé de contribuer ACTIVEMENT au restaurant, où il devra aussi aider au service, et même au management.

Si le running gag de l’incapacité de Dave à dire non, au point qu’il se retrouve à littéralement TOUT faire, prête à rire, pour le joueur, ça peut se traduire par une overdose: on se retrouve donc à plonger régulièrement, gérer les stocks de poissons, l’approvisionnement en aliments, les employés du restaurant,… Ça reste très marrant et plaisant au début, mais avant d’arriver à la fin du jeu, moment auquel (enfin!) des employés surentraînés feront le boulot et permettront au joueur d’aller se faire un café pendant ces séquences, il y a tout un ventre mou où ces séquences de gestion (nécessaires pour gagner du blé, nécessaire pour améliorer l’équipement ou entraîner les employés) feront vite chier: si je remonte à la surface en plein milieu de mon aventure, je n’ai pas TOUJOURS envie de gérer le restaurant.

Car surtout, le restaurant n’est pas le seul problème de Dave: le scénario prendra vite forme lorsqu’il rencontrera une civilisation sous-marine qui en fera aussi sa bonne poire, afin qu’il règle leurs problèmes et affronte les militants écolos qui viennent foutre le bordel dans leurs grottes.

On se retrouve donc avec deux jeux en parallèle: il y a l’aventure de la civilisation sous-marine, avec des péripéties et de l’avancement, et un jeu de gestion de restaurant qui forcera vite son rythme sur l’autre partie. Et c’est parfois très chiant.

Dave le bon pote

Au bout d’un moment, une chanteuse itinérante s’est installée au restaurant pour chanter ses chansons le samedi et le dimanche. J’aimais bien l'une des chansons qu'elle jouait, alors j’ai cherché à l’écouter en ligne. À mon grand étonnement, mxmtoon était une vraie personne. Elle n’était pas la seule: Drae, de mon staff, et manager du second restaurant, était inspiré d’un YouTuber.

Les signes étaient pourtant là: dès le début du jeu, je pouvais repeindre la coque de mon bateau aux couleurs de Guilty Gear, et une série de quêtes secondaires étaient dédiées à Godzilla, mais ce n’est qu’un peu plus tard que j’ai réalisé la portée de la chose: des clients étranges sortaient de la brume et venaient au resto demander des “poissons aberrants”, les mêmes que ceux du jeu Dredge.

Un jeu “normal” aurait dispersé quelques-uns de ces poissons au milieu des autres. Mais non, pas Dave the Diver. Lorsque j’ai sélectionné l’option proposant d’aller pêcher ces poissons, le jeu a soudainement repris l’esthétique, l’interface, et le gameplay de Dredge, me permettant de me balader sur une carte similaire à celle du jeu, avant de me laisser retourner plonger comme dans le gameplay normal.

Anecdotique, vraiment? Pas du tout. Quelques minutes plus tard, un membre de la civilisation aquatique m’a introduit à un jeu plus intéressant que les courses d’hippocampes: un jeu de cartes qui ressembl–. Bon, non. Il m’a carrément fait jouer à Balatro.

Et puis Ichiban et Majima sont passés par là après leurs vacances à Hawaii, pour transformer le jeu en une séquence de beat'em up.

Ces multiples sous-quêtes n’ont rien de déplaisant, et le joueur n’est pas forcé de les suivre, mais leur quantité plutôt astronomique prête à sourire. Certaines ont clairement bénéficié du support de la maison-mère pour être signées, tandis que d’autres plus intimistes témoignent d’une proximité réelle du studio avec ses fans et le milieu, mais dans les deux cas: elles restent intégrées au jeu avec amour, sans dénaturer le matériau d’origine.

Dave toujours trop

J’ai passé BEAUCOUP de mois sur le jeu. Vraiment beaucoup. Son rythme très tranquille est toujours un plaisir à prendre en main: une petite partie, une ou deux plongées, ramener des poissons,… C’est très agréable pour se détendre sans se lancer dans une séquence d’un millier d’heures, mais comme dit plus haut, en suivant ce rythme, impossible de suivre celui de l’histoire. J’ai donc dû me “forcer” à suivre l’histoire pour avancer dans le jeu et le terminer.

Une fois le jeu terminé, sa générosité m’est apparue comme une gifle en plein milieu de la figure.

Du contenu additionnel, à la promotion excellente, pour un prix plutôt dérisoire, venait faire suite au jeu, pour ce qui se présentait carrément comme un “épisode 1.5”: nouveau lieu de plongée, nouveau restaurant, nouvelles quêtes, nouveau village à aider et à explorer en 3D,… C’est propre, et c’est aussi trop. À ce moment-là, le jeu m’est apparu comme indigeste: j’avais déjà assez mangé, et le jeu me proposait de me relancer dans un nouveau repas. Je suis franchement admiratif devant la qualité et la quantité de contenus proposés, qui est assez représentative des pratiques que l’on trouve dans le monde indé2. Mais pour moi, c’était la goutte de trop, et le clap de fin.

Constamment pris le cul entre les deux chaises de sa boucle de gameplay et de son histoire, Dave the Diver reste un superbe jeu. Chacun des moments qu’il m’a fait vivre témoignait de l’amour et du soin avec lequel le jeu avait été façonné. Très représentatif de cette vague qu’on appelle “le double-A”3, le jeu proposera une bouffée d’air frais à chaque plongée du joueur.


  1. Frais, frais… vous pouvez techniquement garder vos poissons du début du jeu au frigo aussi longtemps que vous voudrez. ↩︎

  2. Y a qu’à voir Shovel Knight, Vampire Survivors, ou No Man's Sky! ↩︎

  3. Dérivé du terme triple-A qui désigne les blockbusters des gros studios, le double-A désigne les jeux produits par des studios plus intimistes, qui ont plus de moyens que les indie dév'. ↩︎

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