đź Secret of Evermore
MĂȘme si je publie beaucoup de reviews de jeux sur consoles, jâai grandi sans consoles. Mais Ă la tĂ©lĂ©, il y avait cette publicitĂ© totalement folle qui mâobsĂ©dait: on y voyait, Ă travers des sĂ©quences animĂ©es, un ado et son chien, affronter des monstres dans divers environnements. CâĂ©tait lâaventure, la vraie! MĂȘme le titre avait quelque chose dâextrĂȘme pour mes oreilles dâenfant: Ă cet age, jâentendais quelque chose comme Secret of Ă©ndĂ©veurmaure, un mot quâaucun adulte nâĂ©tait capable de mâexpliquer, accentuant lâaspect Ă©tranger de ce jeu.
Le secret du secret détesté
Le jeu a une genĂšse trĂšs Ă©trange: tout commence par la sĂ©rie des Mana de Squaresoft, dĂ©butĂ©e en 1991 sur Game Boy comme un spin-off action-RPG de la franchise phare de la firme, et poursuivie en 1993 sur Super Nintendo avec Secret of Mana. Ce dernier sera lâinspiration lorsque Squaresoft mandatera sa branche amĂ©ricaine, Squaresoft USA, pour produire un jeu dans ce style, Ă la sauce amĂ©ricaine, ce qui donnera un jeu qui reprend totalement le gameplayâŠspĂ©cial⊠de la sĂ©rie des Mana, Ă partir dâun moteur réécrit (mais fortement inspirĂ©), mais avec un scĂ©nario et des vibes totalement occidentaux.
Ce qui mâembĂȘte un peu, car je dĂ©teste les Mana. Câest peut-ĂȘtre un peu fort, mais lâĂ©volution action de Final Fantasy1, ça ne me va pas. Contrairement Ă un Zelda oĂč lâon peut attaquer Ă tout moment, ici il fautâŠcharger les attaques. Chaque personnage a au-dessus de sa barre de vie un pourcentage, qui grimpe automatiquement en quelques secondes, et il faudra attendre quâil atteigne les 100% pour espĂ©rer porter un coup quelque peu puissant. Ce qui implique donc de garder constamment un oeil sur ce chiffre2 au milieu des combats pour savoir si lâon peut attaquer, et prier pour que le coup touche lâennemi, car toute attaque portĂ©e, mĂȘme si elle lâest dans le vide, forcera le joueur Ă attendre Ă nouveauâŠ
Câest une grosse facette du jeu, et elle me hĂ©risse: pour moi, sans avoir un cheat code pour ĂȘtre constamment Ă 100%, le jeu est injouable. Je prĂ©fĂ©rerais mille fois que ce compteur soit invisible pour le joueur mais lâempĂȘche dâattaquer avant quâil ne soit rempli, plutĂŽt que dâavoir Ă faire tout ce travail mental en plusâŠ
Lâautre hĂ©ritage de Secret of Mana (et l'Ă©pisode suivant), câest les menus. Je ne sais pas qui a eu lâidĂ©e de ces menus circulaires, mais pour moi, ils sont totalement insupportables Ă naviguer.
Et pourtant, malgrĂ© tout celaâŠces jeux ont vraiment une patte artistique tellement agrĂ©able que jâai toujours envie de les explorerâŠ
TroisiĂšme loi de Clarke
Par un heureux hasard, mĂȘme produit par une Ă©quipe entiĂšrement diffĂ©rente, et avec les sensibilitĂ©s artistiques dâune toute autre culture, ce jeu arrive Ă rester dans la continuitĂ© de son aĂźnĂ©, tout en proposant sa propre vision. OubliĂ©s donc lâarbre Mana, les Ă©lĂ©ments, les royaumes, les crĂ©atures fantastiques,âŠ
On dĂ©couvre ici un hĂ©ros que lâon pourra nommer3, accompagnĂ© de son chien quâil faudra nommer aussi3 et qui sera le second protagoniste du jeu, qui se baladent dans les ruelles dâun monde fortement similaire au nĂŽtre, avant dâĂȘtre accidentellement transportĂ©s dans Evermore, un monde fantastique oĂč se mĂ©langent la prĂ©histoire, lâantiquitĂ©, le moyen-age, et une base futuriste. Le jeu se veut rĂ©solument Science-Fiction, ce qui est un genre plutĂŽt rare Ă lâĂ©poque4, et va mĂȘme jusquâĂ abandonner totalement les notions de MP/PM ou de sorts, les remplaçant par un systĂšme dâalchimie Ă base dâobjets, qui a peu ou prou la mĂȘme fonction, mais avec des composantes stratĂ©giques totalement diffĂ©rentes.
Tout cela ne choquera pas trop notre hĂ©ros, grand amateur de sĂ©ries B, qui sâarmera vite dâos, de gourdins, dâĂ©pĂ©es,âŠafin de terrasser les ennemis sur sa route. Il ne sera pas non plus Ă©tonnĂ© lorsque son chien se transformera de diverses maniĂšres selon lâenvironnement (un loup Ă la prĂ©histoire, lĂ©vrier Ă lâantiquitĂ©, un caniche au moyen-age, et unâŠtoaster dans le monde futuriste) afin de lâaider dans les combats, faisant office de second protagoniste, aux capacitĂ©s lui permettant certaines avancĂ©es de terrain permettant de progresser dans le monde dâEvermore.
Et malgrĂ© tout ce pitch trĂšs Ă©trange, le jeu tombe encore dans les travers habituels du RPG Japonais: Ă la fin, il faudra sâoccuper dâun ĂȘtre qui cherche Ă devenir âdieuâ!?
Métro Pontoise Direction Perpétua
Comme dit plus tĂŽt, le jeu a bĂ©nĂ©ficiĂ© dâune sortie en France, et mĂȘme dâune traduction française. De trĂšs bonne facture, elle est faite par VĂ©ronique Chantel, qui transforme Podunk, le bled pourri du hĂ©ros, en Pontoise, et adapte avec soin toutes les rĂ©fĂ©rences cinĂ©matographiques (inventĂ©es) de notre hĂ©ros Ă lâunivers français. Il nous parlera donc de SĂ©pardieu dans Cryano de Barjac, ou de la bĂȘte immonde de La CitĂ© des Chamallows Perdus, et lâon citera Les Fourberies de Pantin par Guy de Mauallant, et mĂȘme Professeur Chacal et Monsieur Mild, et Toastzilla,âŠ
Toutes ces petites rĂ©fĂ©rences, savamment adaptĂ©es, rendent le jeu encore plus savoureux et trĂšs drĂŽle. Câest parfois Ă©trange de voir avec quelle nonchalance notre hĂ©ros avance dans cette aventure, mais ce nâest pas non plus dĂ©placĂ©: on est pas dans un Final Fantasy, et la quĂȘte consiste ici Ă rentrer chez soi (et rĂ©gler 2-3 problĂšmes locaux en chemin), pas Ă sauver le monde. Ca explique aussi certains aspects de lâaventure: elle est courte, et Ă part un boss optionnel EXCEPTIONNELLEMENT bien cachĂ©, il nây a que peu de dĂ©tours, pas de quĂȘtes secondaires, et lâon avancera vite vers la fin. Mais toujours dans une grosse ambiance totalement familiĂšre et chaleureuse.
Ou plutĂŽt, celle-ci spĂ©cifiquement, vu que jâai adorĂ© celle de Final Fantasy XV. ↩︎
Une barre qui se remplit et change de couleur serait un meilleur indice visuelâŠÂ ↩︎
Mon protagoniste est donc RED, et son fidĂšle compagnon devient BLUE. ↩︎ ↩︎2
On avait notamment la sĂ©rie Phantasy Star, mais Star Ocean viendra plus tard. ↩︎
