đź Final Fantasy X-2
Le dixiĂšme Ă©pisode de la saga Final Fantasy a surpris par sa prĂ©sentation, et a marquĂ© par son histoire, mais aussi parâŠsa suite: jusque-lĂ , aucun opus de la saga nâavait eu droit Ă une suite. Et comme le jeu auquel elle fait suite, celle-ci a fait parler, tant les partis pris changent de ce Ă quoi les joueurs avaient Ă©tĂ© habituĂ©sâŠ
FĂ»t un temps, on lâa mĂȘme appelĂ© âle FF de la J-Popâ, ce qui Ă©tait vu Ă lâĂ©poque comme un qualificatif dĂ©gradant par certains, alors que je trouve le qualificatif trĂšs positifâŠet aussi trĂšs faux.
Belle Ă tomber raide
Le premier truc qui surprend, câest Yuna, qui est dĂ©sormais LE personnage central de cette histoire. Sa narration est une sorte de lettre/message laissĂ© Ă Tidus, qui disparaissait Ă la fin de FFX1, dans laquelle elle conte son parcours Ă travers un monde de Spira qui se reconstruit aprĂšs un petit millĂ©naire Ă craindre les multiples retours de Sin2, et ses nouvelles aventures en tant queâŠâchasseuse de sphĂšresâ, une sorte dâaventuriĂšre qui recherche des cassettes VHS biodĂ©gradables produites par la nature et abandonnĂ©es Ă gauche Ă droite, et que lâon Ă©change comme des artefacts archĂ©ologiques.
Ă cette occasion, deux ans aprĂšs avoir effectuĂ© sa derniĂšre danse pour apaiser les esprits, la jeune prĂȘtresse a donc changĂ© de tenue: elle a toujours ses bottines, mais elle porte dĂ©sormais un short, une jupe qui ne recouvre quâun cĂŽtĂ©, un dĂ©bardeur Ă capuche recouvert du symbole de lâĂ©quipe de Blitzball de Tidus3 qui laisse entrevoir sa poitrine, etâŠdes flingues.
Il y a quelque chose dâĂ la fois Ă©trange, rafraĂźchissant, et surtout trĂšs juste, Ă voir cette Ă©volution du personnage: la premiĂšre scĂšne oĂč elle apparaĂźt, elle fait un salto pour se retrouver face Ă ses adversaires et les cribler de balles alors quâelle est toujours dans les airs. Câest vachement cool, et câest trĂšs dur de ne pas penser Ă Lara Croft, surtout que Yuna est dĂ©sormais capable de sauter (de maniĂšre contrĂŽlĂ©e) dans certaines zones du jeu, mĂȘme si je nâai aucune idĂ©e de la rĂ©alitĂ© de lâinfluence du personnage de Lara sur lâĂ©laboration du jeu. Mais cette Yuna Croft nâest pas juste un dĂ©lire des producteurs pour coller Ă la mode, et elle sâaccompagne dâune prise de confiance de Yuna: si on lâavait connue jusque-lĂ trĂšs rĂ©signĂ©e, consciente que son pĂ©riple se solderait par sa mort, mais dĂ©terminĂ©e Ă lâaccomplir, sa jeunesse expliquait malheureusement sa passivitĂ© face Ă la situation, jusquâĂ ce que Tidus lui donne envie de poursuivre une autre voie, et câest ici une juste Ă©volution.
Beaucoup de joueurs se sont plaints Ă lâĂ©poque de ce changement, mais lâĂ©cart de deux ans entre les deux histoires, et la pĂ©riode de paix que connaĂźt dĂ©sormais le monde de Spira, ainsi que lâinutilitĂ© de la fonction de prĂȘtresse forçaient Yuna Ă devenir quelquâun de diffĂ©rent. Il y avait dâautres identitĂ©s Ă prendre, et peut-ĂȘtre quâun multiverse nous aurait donnĂ© âYuna, joueuse de Blitzballâ, mais ce choix est dĂ©jĂ trĂšs bon.
Et Square-Enix créa la femme
Pour accompagner Yuna, on retrouve Rikku, la voleuse du jeu précédent, qui porte désormais des tresses africaines, un bikini, et un short duquel dépassent les ficelles de ce dernier, et Paine, une guerriÚre nouvelle venue, qui est plutÎt portée sur le cuir, les jarretelles, et les épaules nues.
On parle aujourdâhui male gaze, et ma prĂ©sence sur une photo de la Japan Expo 2004, entre deux cosplayeuses Yuna et Rikku mâoblige Ă lâadmettre: dĂšs que nos trois hĂ©roĂŻnes sont concernĂ©es, il y a quelque chose de totalement SEXY dans ce jeu: le dĂ©bardeur de Yuna qui laisse entrevoir sa poitrine, les ficelles du bikini de Rikku, les Ă©paules de Paine,⊠Câest comme si tout avait Ă©tĂ© fait pour sâassurer que nâimporte quel joueur apprĂ©cierait de regarder ces femmes.
Et pour avoir encore plus dâoccasions de les regarder, le jeu utilise un nouveau systĂšme, assez proche de ceux du cinquiĂšme Ă©pisode: plus de classes ou de jobs, on parlera ici de VĂȘtisphĂšres, qui permettent Ă nos hĂ©roĂŻnes de changer de fringues (et de classe/job donc!) en cours de combat, multipliant par seize les looks de chacune de nos hĂ©roĂŻnes, avec des styles aussi classiques (genre Mage Blanc, Mage Noir, GuerriĂšre ou SamouraĂŻ), quâĂ©tranges (pourquoi les classes de Tireuse, Alchimiste, Pistomancienne utilisent TOUTES des flingues?4), que surprenamment sexy (la tenue de Flambeuse, surtout sur Rikku, qui a dĂ» faire rĂȘver bien des adolescentsâŠ).
Et pourtant, impossible dâen vouloir au jeu: Ă la maniĂšre de lâĂ©ponyme Bayonetta, ou de 2B de Nier: Automata, aussi plaisante soit-elle Ă admirer, jamais lâapparence de nos hĂ©roĂŻnes nâest utilisĂ©e comme un âargument de venteâ, elles ne sont jamais sexualisĂ©es inutilement, et tout ce qui ressort est quâau-delĂ des pouvoirs des vĂȘtisphĂšres, ces femmes sâhabillent un peu comme elles veulent et pas pour attiser le regard lubrique. Plus encore, tout dans leurs attitudes, leurs dialogues, leur banter lors des combats,⊠les rend vivantes et crĂ©dibles: mĂȘme Paine, la nouvelle venue dans le groupe dâamies, que lâon pourrait imaginer en retrait par rapport aux autres, que ce soit narrativement, ou de maniĂšre mĂ©ta pour le joueur qui la dĂ©couvre, est quand mĂȘme capable de dĂ©voiler sa personnalitĂ©, son histoire, sa profondeur, et se rendre aussi importante que les deux hĂ©roĂŻnes âprincipalesâ, ce qui mâa surpris, tant jâai passĂ© un morceau du jeu Ă la considĂ©rer comme la âtroisiĂšme roueââŠ
Jeu de parkour, jeu de menus
Malheureusement, mĂȘme avec toutes ces tenues/classes/jobs, et mĂȘme en reprenant les systĂšmes du FF qui a le mieux gĂ©rĂ© le principe des classes, ici, ça ne me convainc pas du tout. Toute la force de FFV Ă©tait que le joueur Ă©tait libre de composer ses personnages, permettant par exemple dâincarner un Mage Blanc capable dâĂ©quiper des armes puissantes, ou bien un Guerrier qui pouvait lancer des magies blanches pour guĂ©rir les alliĂ©s. De lâautre cĂŽtĂ©, la force du systĂšme de combat de FFX Ă©tait la stratĂ©gie de la timeline des tours, avec la possibilitĂ© de changer de personnage Ă la volĂ©e, afin de rĂ©agir plus efficacement Ă chaque affrontement.
Rien de tout cela ici! La timeline des tours a totalement disparu, rendant le dĂ©roulĂ© des combats assez confus, car tout le monde se fritte Ă peu prĂšs en temps rĂ©el, sans que les ennemis ne vous laissent composer une stratĂ©gie. Il y a mĂȘme des mĂ©caniques de âplacementâ que je nâai jamais comprises.
Quant aux vĂȘtisphĂšres, elles ne permettent aucun type de composition: si vous ĂȘtes Voleuse, vous volerez et rien dâautre, si vous ĂȘtes Mage blanc, vous aurez des stats de merde mais vous pourrez guĂ©rir,⊠Il y a bien des accessoires qui permettront dâutiliser les compĂ©tences de âClasse Aâ alors que vous utilisez âClasse Bâ, mais câest vraiment bancal vu lâimportance des accessoires dans les statsâŠ
Un autre truc vraiment bancal: changer de personnage ne passait pas votre tour dans FFX, laissant au joueur la latitude de penser/prĂ©parer sa riposte. Oubliez ça: si vous voulez changer de vĂȘtisphĂšre, lors dâun combat, votre personnage passera son tour le temps de se transformer, ce qui rompt totalement avec lâaspect stratĂ©gique des combats qui avait fait le succĂšs du premier Ă©pisodeâŠ
Pourcentages à tous les étages
Si FFX faisait office de voyage initiatique Ă travers Spira, maintenant que lâon connaĂźt ce monde, la suite ne pouvait pas se permettre pareil. Le jeu se sĂ©pare donc en cinq chapitres, eux-mĂȘmes sĂ©parĂ©s en missions, obligatoires ou optionnelles, que le joueur pourra (gĂ©nĂ©ralement) aborder dans lâordre de son choix. Chacune accordera des pourcentages de complĂ©tion au joueur, le 100% Ă©tant nĂ©cessaire pour obtenir la vraie fin du jeu.
Je nâirais pas par quatre chemins: câest un systĂšme de jeu insupportable, tant lâobtention de ces pourcentages est CRYPTIQUE et nĂ©cessitera souvent de suivre des guides en ligne, certains Ă©tant erronĂ©s, ou nâĂ©tant pas clair sur âIl faut parler Ă CE personnage spĂ©cifique pour dĂ©bloquer les pourcentages manquantsâ. Pire encore: il nây a aucun moyen de savoir oĂč vous en ĂȘtes, vu que les pourcentages ont des dĂ©cimales qui ne vous sont pas communiquĂ©es. Ainsi, vous saurez juste que vous ĂȘtes Ă â50%â sans savoir sâil sâagit de 50.0%, 50.2%,⊠et vous ne pourrez pas vous comparer aisĂ©ment au guide que vous suivez (pas le choix!) pour savoir oĂč vous en ĂȘtes.
Cerise sur le gĂąteau empoisonnĂ©: un choix en dĂ©but de jeu pourra vous empĂȘcher dâaccĂ©der Ă la vraie fin du jeu si vous ne choisissez pas âlaâ bonne rĂ©ponse. Je ne sais pas si cela indique que lâun des deux choix est âcanoniqueâ, mais câest un systĂšme trĂšs bĂątard, et mĂȘme si lâexistence dâun mode New Game + vous permettra de rattraper cette erreur Ă la partie suivante, il vous faudra quand mĂȘme faire le bon choix Ă ce moment-lĂ pour obtenir les pourcentages.
Jâai terminĂ© FFX en environ trois semaines, et jâaurais Ă©tĂ© plus rapide si jâavais pas passĂ© mon temps Ă reverse-engineer le jeu. Ici, il mâa fallu trois mois, dont au moins un mois aux alentours du second chapitre Ă Ă©viter le jeu car je nâavais pas envie de continuer Ă suivre toutes ces instructions pour jouer au jeu. Jâai dĂ» me faire violence pour terminer le chapitre deux, et rouler sur les chapitres trois et quatreâŠ
ArrivĂ© au cinquiĂšme chapitre, jâai pensĂ© que le haut pourcentage total indiquait que jâĂ©tais proche de la fin, et jâai repris du plaisir Ă jouer au jeu, mais il nâen Ă©tait rien: toutes les quĂȘtes âoptionnellesâ de fin de partie, bien que nâayant aucun rapport avec lâhistoire, participaient, par tranches de 0,2%, Ă la complĂ©tion, certaines ne nĂ©cessitant parfois rien dâautre que âgrinde des combats jusquâĂ tomber sur ce quâil fautââŠ
Jâai donc dĂ» tricher Ă deux reprises: une fois pour rectifier mon pourcentage car jâavais ratĂ© une conversation au chapitre 1, et une fois Ă lâaide de Codex pour dĂ©tecter comment les sauvegardes stockaient les informations des chocobosâŠ
Une derniĂšre pour la route
Ă cette Ă©poque, beaucoup de jeux vidĂ©o ont bĂ©nĂ©ficiĂ© dâune version âInternationaleâ5: le jeu sortait au Japon, et plusieurs mois plus tard aux US/en Europe, ce qui avait laissĂ© le temps au studio dâamĂ©liorer le jeu ou lâaugmenter de diverses maniĂšres. Pour FFX-2, cela tient en deux vĂȘtisphĂšres supplĂ©mentaires, transformant nos hĂ©roĂŻnes en lycĂ©ennes aux pouvoirs psy, ou en festivaliĂšres, mais aussi en un tout nouveau mode de jeu: Last Mission, une histoire se dĂ©roulant aprĂšs la fin du jeu.
Inutile de dire que lâinclusion de cette fin âaprĂšs la finâ qui garde le cul entre deux chaises en essayant de coller aux choix du joueur, que celui-ci ait terminĂ© (ou non!) le jeu avec la vraie fin. Ce qui amĂšne au sujet de la FIN dans lâunivers de Final Fantasy X: je ne sais pas si X-2 Ă©tait nĂ©cessaire pour poursuivre lâaventure, tant le jeu original, malgrĂ© sa fin douce-amĂšre, avait su dĂ©rouler son propos et nâinvitait pas Ă une suite. Mais alors depuis X-2, plus rien nâarrĂȘte Kazushige Nojima et lâon sâest donc retrouvĂ© avec un roman totalement nanardesque qui fait encore office de suite Ă X-2, mais nâa vraiment plus rien Ă apporter, si ce nâest de lâengrais Ă memes, tant son contenu est risibleâŠ
Heureusement, mĂȘme sĂ©parĂ© du jeu principal, Last Mission est loin de tout ça. Cette aventure prend la forme dâun Donjon MystĂšre et lâon ne contrĂŽle plus quâune seule hĂ©roĂŻne Ă la fois, alors que notre trio part Ă la chasse au trĂ©sor dans une tour de 80 Ă©tages gĂ©nĂ©rĂ©s alĂ©atoirement. Le tour par tour revientâŠdâune certaine maniĂšre, vu que les ennemis attendront que le joueur agisse pour agir Ă leur tour. Ce nâest pas mon style de jeu prĂ©fĂ©rĂ©6, mais une fois les stats assez broken, il est assez amusant de rouler sur le jeu, et la prĂ©sentation du jeu mâa juste donnĂ© envie de me mettre Ă Final Fantasy Tactics dĂšs que possibleâŠ
Mais le vrai plaisir de cette aventure viendra de lâhistoire, ou plutĂŽt de ce qui lâenrobe: si la montĂ©e de la tour est une excuse pour une derniĂšre aventure ensemble, tous les dix Ă©tages, les filles prendront le temps de se poser dans un coin pour se raconter leurs vies depuis que la paix est revenue sur Spira. Ăa ne mange pas de pain, mais jâapprĂ©cie toujours dâĂȘtre le tĂ©moin de la relation entre les filles.
Jâai voulu dĂ©tester ce jeu, et cela a mĂȘme failli mâarriver Ă plusieurs reprises. Mais rien Ă faire: malgrĂ© tout ce qui me donnait lâimpression dâĂȘtre incomplet, ou mal conçu, Ă chaque fois que je reprenais la manette, je voyais Yuna courir sur mon Ă©cran, pleine de joie et dâentrain, remuant les bras, tandis que, le sourire aux lĂšvres, je ne pouvais mâempĂȘcher de penser: âElle est so cuntyâ.
Oh ça va, ça fait vingt-cinq ans que le jeu est sorti! Vous savez que câest une histoire dâamour qui fait chialer, donc vous vous en doutiez bien! ↩︎
Dâailleurs, bonne nouvelle: cette suite ne traite pas de son retour! ↩︎
LittĂ©ralement, dans un autre univers, elle porterait le logo de lâ OM. ↩︎
Câest encore plus drĂŽle pour Pistomancienne, qui fait office de Mage bleu, et est donc censĂ© apprendre les talents de lâennemiâŠqui deviennent donc ici des balles spĂ©ciales. ↩︎
Comme par exemple MGS 2 et son mode de difficultĂ© âEuropean Extremeâ. ↩︎
Pour ne pas dire quâen temps normal je DĂTESTE ça. ↩︎
