đ Inspecteur Bayard
Je nâai jamais Ă©tĂ© abonnĂ© au magazine Astrapi, mon Ă©ducation sâest faite par Popi, Pomme d'Api, puis J'aime lire, du mĂȘme groupe d'Ă©dition, qui assuraient chaque mois mon apport de lecture, culture, et surprises, Ă mesure que je grandissais. Mais, mĂȘme groupe oblige, un hĂ©ros se retrouvait souvent dans un peu tous les magazines liĂ©s au groupe: lâInspecteur Bayard.
Le colonel Moutarde dans la bibliothĂšque avec le chandelier
Ă peu prĂšs Ă la mĂȘme Ă©poque, et chez la concurrence, jâĂ©tais abonnĂ© au Journal de Mickey, et chaque semaine, on y retrouvait une page de bande dessinĂ©e intitulĂ©e Ă©nigme Mickey: le titulaire hĂ©ros Ă©tait prĂ©sentĂ© face Ă une Ă©nigme quâil rĂ©solvait facilement, et il appartenait au lecteur dâanalyser chaque Ă©lĂ©ment de la page pour dĂ©couvrir ce qui ne collait pas, et confondre le malfaiteur.
Câest de la mĂȘme maniĂšre que fonctionnent les aventures de lâ Inspecteur Bayard: une courte histoire de quelques pages dans le magazine, la derniĂšre (gĂ©nĂ©ralement aprĂšs avoir tournĂ© la page) prĂ©sentant la solution et le dĂ©nouement. Câest simple et ça marche, pas toujours.
Les premiers albums sont issus de la prĂ©-publication, ils sont donc chacun une mini-aventure de quelques pages, dans laquelle lâinspecteur1, accompagnĂ© parfois dâun ou une jeune acolyte2, va faire face Ă un dĂ©lit (voire un crime) et rĂ©soudre lâintervention avant lâarrivĂ©e de la PTS.
Si jâai le souvenir quâen magazine, câĂ©tait toujours agrĂ©able Ă lire, en volumes reliĂ©s, cela devient vite infernal: lâalbum est sĂ©parĂ© en chapitres, chacun relevant dâune histoire, puis une espĂšce de âchapitre finalâ oĂč sont rĂ©unies toutes les planches de rĂ©solution. Lire une histoire dans son entiĂšretĂ© revient donc Ă lire six pages, feuilleter jusquâĂ la bonne page en fin dâalbum, faire attention Ă ne lire que la page de rĂ©solution sans que nos yeux ne se portent sur la page dâen face (qui spoilera lâĂ©nigme suivante), puis revenir Ă la lecture,⊠Vous voyez lâidĂ©e: câest insupportable.
Retournement pour lâinspecteur
Au bout de quelques albums, des vellĂ©itĂ©s que lâon pourrait qualifier de Spirou-esques3 sâemparent des auteurs qui dĂ©sirent dĂ©sormais donner Ă lâinspecteur4 des aventures dâune quarantaine de pages. Je garde un trĂšs bon souvenir des deux premiĂšres: il y a une grande aventure, du mystĂšre, de lâaction, un adversaire, de lâenjeu,⊠La seconde surtout, donne des indications trĂšs prĂ©cises de localisation, ce que jâai apprĂ©ciĂ© Ă chaque fois quâun pĂ©riple routier prĂ©lude Ă des vacances en Aveyron me laissait apercevoir un panneau indiquant la proximitĂ© de la commune de Vauvert.
Malheureusement, sâil Ă©tait aisĂ© dâavoir une seule page de ârĂ©sultatâ pour des histoires courtes, pour une histoire longue aux multiples Ă©nigmes, afin de ne pas dĂ©voiler la solution au lecteur (avant que celui-ci ne le dĂ©cide), il faut un nouveau dĂ©coupage, avec chaque Ă©nigme se terminant sur une page, tandis que la rĂ©solution sera sur la page suivante. Câest une solution malheureusement trop complexe pour les auteurs, qui vont donc partir sur une autre possibilitĂ©: chaque rĂ©solution dâĂ©nigme sera imprimĂ©e Ă lâenvers, invitant le lecteur Ă retourner lâalbum, ce qui a trĂšs bien fonctionnĂ© sur lâenfant que jâĂ©tais, ajoutant un certain ârituelâ Ă la rĂ©solution. Toutefois, lors des relectures, et une fois la rĂ©ponse connue, cela devient trĂšs vite ennuyeuxâŠ
Lâinspecteur tourne en rond
Ă partir de lĂ , dans mon enfance, je nâai plus eu que quelques extraits de la sĂ©rie dans des magazines divers, et connaissance de lâexistence de futurs albums. Les dĂ©couvrir en tant quâadulte mâa plutĂŽt fait lâeffet dâune douche froide.
Ainsi, certaines aventures sont la suite de la prĂ©cĂ©dente, tandis que dâautres vont revenir Ă la formule âmini-histoiresâ tout en restant des parties dâune mĂȘme histoire complĂšte (ou en tous cas le âmĂȘme sujetâ). Et puis le cast va sâenrichir, entre un faire-valoir digne des shitty friends5, et une jeune fille pleine dâentrain dont il mâa Ă©tĂ© IMPOSSIBLE de dĂ©terminer lâorigine, mĂȘme si la sĂ©rie prĂ©tend quâelle en a une et quâelle a toujours Ă©tĂ© lĂ . Mais au finalâŠcâest pas fou, et les histoires tournent vite en rond, et lâexistence dâun grand vilain rĂ©current nâapporte rien, tant celui-ci est bien loin dâĂȘtre un OlrikâŠ
Je dĂ©plore que la sĂ©rie ait mal vieilli, et pourtant, une fois la derniĂšre page tournĂ©e, je me dis que je pourrais faire lire ces histoires Ă ma niĂšce pour Ă©veiller son esprit analytique, et je rĂ©alise alors: que reste-t-il dans le paysage mĂ©diatique actuel qui remplisse cette fonction? Rien. Ah, si: il y a bien <wiki page=âDora lâexploratriceâDora</wiki>âŠ
Contrairement Ă Ric Hochet qui se balade avec une arme Ă feu alors quâil est supposĂ© ĂȘtre âgrand reporterâ, faire du hĂ©ros un membre des forces de police donne une excuse rĂ©aliste Ă sa possession dâun pistolet avec lequel mettre en joue certains brigands. ↩︎
Il en a 2-3 avant que la sĂ©rie nâarrive Ă se dĂ©cider Ă poser son cast. ↩︎
Ă la mĂȘme Ă©poque, câest Tome et Janry qui sâoccupent de la sĂ©rie, et clairement, câest la mĂȘme veine aventure-science-fiction, plutĂŽt que la veine âaventure pureâ Tintin-esque. ↩︎
Qui, en bon hĂ©ros de BD franco-belge, a lâair de passer plus de temps en vacances quâĂ bosser! ↩︎
Les âshitty friendsâ (amis de merde) est un concept issu du jeu vidĂ©o Sonic de 2006 dans lequel plusieurs amis de Sonic sont jouables, trĂšs peu maniables, ce dont aucun joueur nâa envie. ↩︎
