đź Terranigma
Fut une Ă©poque, lâĂ©mulation Ă©tait Ă son prime, ZSNES tournait sur nâimporte quelle machine dotĂ©e dâun processeur Pentium, et jâavais beaucoup de temps libre pour lancer plein de jeux. Oui, âlancerâ, donc pas forcĂ©ment âterminerâ. Et Terranigma fait partie de ceux-ci, auxquels jâai jouĂ© une dizaine dâheures, que jâai abandonnĂ©s, dont jâai perdu ma sauvegarde, etc⊠Et puis, mĂȘme si son titre ne lâindique pas, ce jeu est le troisiĂšme dâune trilogie (non-officielle) de Quintet1, et je nâai pas terminĂ© les deux premiers non plus.
Mais tout comme la crĂ©ation du monde est une suite de surprises et de hasards qui ont menĂ© Ă la vie, je suis moi-mĂȘme tout Ă fait capable de surprises, de lancer un jeu sans rien prĂ©voir, et de le terminerâŠ
Aux origines du monde
Les premiĂšres heures de Terranigma sont trĂšs cryptiques: on dĂ©couvre Ark qui vit une vie paisible avec son amie dâenfance CĂ©lina2 dans leur petit village isolĂ© au milieu dâune forĂȘt et sans aucune ouverture sur un monde extĂ©rieur. Comme dans tout bon RPG, il ne faudra que cinq minutes au joueur pour briser cette tranquillitĂ© et rĂ©veiller une malĂ©diction enfermĂ©e au sous-sol de la maison du sage du village, et ce dernier lâenverra dans une quĂȘte pour lever la malĂ©diction qui a pĂ©trifiĂ© tous les habitantsâŠ
Câest lĂ que le jeu assĂšne au joueur son premier money shot lorsquâil dĂ©couvre la carte du monde. Si Ă lâĂ©poque, sur la console, il Ă©tait de rigueur que celle-ci soit reprĂ©sentĂ©e sous une vue aĂ©rienne oblique, afin de simuler une pseudo-3D, ce jeu va un peu plus loin, en enroulant la carte autour de lâĂ©cran, donnant au joueur lâillusion de naviguer Ă lâintĂ©rieur de la planĂšte.
Les cinq tours qui servent de donjons Ă ce monde intĂ©rieur se terminent toutes dans une salle au pentacle totalement cryptique, oĂč le joueur est informĂ© de la restauration de lâun des cinq continents du monde quâil connaĂźt. Une fois la derniĂšre tour vaincue, Ark et le joueur sont informĂ©s que ce monde Ă©trange aux mers de lave et aux montagnes faites de cristal, nâest que lâenvers du monde de la surface, et quâĂ prĂ©sent, il faut dĂ©velopper celui-ci pour ramener la vie sur terre.
Câest lâhistoire de la vie
AprĂšs avoir laissĂ© derriĂšre lui CĂ©lina et les villageois revenus Ă la vie, Ark saute donc dans une crevasse qui le mĂšne Ă la surface du monde. Si le jeu nous Ă©vite de passer par l'Ă©tape de la vie marine, on nâen est pas loin: Ark doit sauver le rĂšgne animal qui est dĂ©jĂ menacĂ© par les minions du (futur) boss final. Câest un passage assez court mais trĂšs touchant, qui rappelle un peu le (futur) premier donjon de Ocarina of Time: on sent la volontĂ© de prĂ©senter un environnement trĂšs proche de la nature.
Le jeu dĂ©crit sans fard la dure rĂ©alitĂ© de lâĂ©volution: certaines espĂšces se battent, et dâautres sâĂ©teignent sous les regards impuissants dâArk et du joueur, qui ne peuvent quâaller de lâavant.
Human after all
Lorsquâenfin lâhumanitĂ© sâĂ©veille, le troisiĂšme, et plus gros, chapitre du jeu sâouvre. Câest une sĂ©quence assez Ă©trange et bourrĂ©e dâanachronismes: on doit donc accompagner une princesse ressemblant fortement Ă CĂ©lina sur un bateau Ă la dĂ©couverte dâun New York qui nâest quâun village, mais abrite dĂ©jĂ un skateboarder, tandis quâau mĂȘme moment la ville de NĂ©o-Tokyo est dĂ©jĂ urbanisĂ©e, et possĂšde un magasin de ramens, une pharmacie, et les locaux des dĂ©veloppeurs du jeu, lesquels ont mĂȘme une note vous indiquant le numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone du (dĂ©funt) Club Nintendo.
Câest un gloubiboulga trĂšs Ă©trange, mais aussi trĂšs plaisant Ă naviguer. Tandis que certaines villes seront encore des hameaux (ou pourront se dĂ©velopper selon les actions du joueur), dâautres inventeront (toujours grĂące au joueur) lâĂ©lectricitĂ©, lâaviation, ou mĂȘme les sectes3.
Tout ce travail pour mener lâhumanitĂ© vers son Ă©volution mĂšnera vite Ă la dĂ©couverte du boss final, qui est encore une figure divine et malĂ©fique, comme quoi lâidĂ©e quâun bon RPG japonais mĂšne toujours Ă dĂ©foncer Dieu ne sort pas de nulle part. Câest malheureusement le moment oĂč le jeu donne lâimpression dâavoir Ă©tĂ© bĂąclĂ© au niveau du scĂ©nario, et conformĂ©ment Ă un clichĂ© classique du RPG4, on dĂ©couvrira quâArk et le joueur ont Ă©tĂ© manipulĂ©s depuis le dĂ©but du jeu⊠Le jeu sâemmĂȘle un peu les pinceaux, remplace un personnage (qui sâavĂšre ĂȘtre un traĂźtre) par un autre (qui est le mĂȘme, mais est cette fois un alliĂ©),⊠Câest assez confus, et heureusement, le boss final nâest pas loin. La fin est trĂšs poĂ©tique et a fait couler autant dâencre que de larmes depuis.
En 2022, pour fĂȘter les 27 ans du jeu, Kamui Fujiwara, lâartiste original du jeu, a publiĂ© une animation utilisant des artworks pour retracer les Ă©vĂšnements importants du jeu, avec un grand focus sur la relation entre Ark et CĂ©lina, et un petit moment pour chaque boss, personnage, ou lieu qui rythme lâaventure. MĂȘme en la regardant cinq minutes aprĂšs avoir terminĂ© lâaventure, je ne peux mâempĂȘcher dâĂȘtre pris dâun petit pincement au coeur, Ă la maniĂšre dâun bon livre que lâon ne veut pas terminer pour que lâhistoire continue⊠Ah, vraiment, quel grand jeu.
Les deux premiers Ă©pisodes, aussi sur Super Nintendo, Ă©tant Soul Blazer et Illusion of Time. ↩︎
Laquelle porte le nom de âElleâ dans le jeu original. ↩︎
Celle-ci se trouve en Russie dâailleurs, quel jeu visionnaire. ↩︎
La rĂšgle 168 de la grande liste des clichĂ©s de RPG indique quâil est possible que la quĂȘte du hĂ©ros soit en rĂ©alitĂ© une manipulation des mĂ©chants pour accomplir leur plan secret ↩︎


