📺 The Undeclared War
Avec ce blog, je découvre des tonnes de choses sur ma manière d’écrire.
Par exemple, je peux DÉTESTER une oeuvre viscéralement, mais le fait que j’aie pondu le SEIZIÈME plus long article de mon blog dessus indique quand même qu’elle a réussi à me toucher, à provoquer des choses en moi,… au-delà même de la question de si l’oeuvre est objectivement bonne (ou pas).
Et puis il y a les oeuvres sur lesquelles je n’ai presque rien à dire.
La Guerre des Ondes
La série se veut comme une série réaliste et adulte sur les services de cybersécurité de la couronne. On a donc Saara, incarnée par Hannah Khalique-Brown, qui fait un stage à l’agence, sous les ordres de Danny, incarné par Simon Pegg, que l’on retrouve avec toujours le même plaisir. Pour son premier jour, Saara découvre une seconde attaque cachée dans le malware utilisé par les russes pour attaquer le royaume, et devient vite la meuf la plus importante de la boite.
C’est un pitch à peu près intéressant, si l’on oublie deux minutes tous les raccourcis à la con, tous les “malwares magiques” qui peuvent prendre le contrôle des machines en un clic, et les “Il a pris le contrôle du réseau, on ne peut plus l’arrêter”1, c’est une intrigue intéressante et plutôt actuelle.
Malheureusement, ça en fait des caisses. Ainsi, l’intrigue de la cyber-attaque en vient à inclure un meurtre et un deepfake: un employé des renseignements est tué, le cadavre planqué dans son jardin, et les russes diffusent un deepfake de lui sur leur TV nationale. Je ne doute pas que les services secrets russes soient sans pitié, mais là on passe très vite d’une “guerre hybride”, à “je commets des meurtres sur ton territoire, et je tape un deepfake derrière, limite je signe pas le crime”.
L’histoire hybride
Et puis il y a toute la seconde partie de la série qui vient gâcher tout ça.
Plus de cyber, plus de guerre, juste Saara. Et comme elle a des origines pakistanaises, elle subit le racisme systémique et le sexisme, et en plus son copain blanc est “militant mais pas assez woke quand même”, et surtout, au milieu de “la pire cyber-attaque de la Russie depuis des années”™, elle découvre aussi (décidément, elle découvre tout!) l’émoi que les femmes peuvent provoquer en elle, et doit impérativement partager avec le spectateur les difficiles choix qu’elle devra prendre quant au futur de sa relation avec son mec. En effet, tous les enjeux nationaux font pâle figure face à ces problèmes individuels, j’avais vraiment besoin de voir ça.
Vraiment, j’ai besoin de comprendre: si je veux mater du drama personnel, il y a des TONNES de séries pour ça. Mais si je mate cette série, c’est pour voir comment l’appareil d’état britannique gère les cyber-attaques2.
Il y a plein de séries qui parviennent à mélanger les deux, mais là, ça ne fonctionne pas, et je soupçonne que le format en soit la cause: sur une série de plusieurs épisodes, avec une “unité d’histoire” par épisode, il est normal de voir les personnages avancer et évoluer, mais là, nous sommes sur une série “prestige”, de six épisodes par saison, et chaque saison ne correspond qu’à une seule unité narrative. Donc tout ce plot parallèle n’a aucun intérêt, et ne fait que me détourner de l’intrigue principale.
Naguère des blondes
Une fois la première saison et l’attaque russe terminée, une seconde saison est arrivée 4 ans plus tard, même si elle semblait se dérouler…le lendemain?
Cette fois, c’est les Chinois qui attaquent3, avec toujours les mêmes “Oh non, ils sont dans nos services, mais on ne peut pas les éteindre” en boucle. Vous pouvez répéter ça dans la série autant que vous voulez, mais vraiment, il n’y a AUCUN moment où l’un des employés des services concernés ne va pas aller dans le datacenter pour “accidentellement” éteindre les serveurs, et éviter que la situation n’empire.
Pour cette seconde saison, Saara passe au second plan de la série, est-ce car depuis la première saison elle tourne désormais dans des blockbusters hollywoodiens? Aucune idée, mais ça ne va pas passer: la série a besoin d’une femme dont les émois sentimentaux sont au moins aussi importants que “la pire cyber-attaque de la Chine depuis des années”™!
C’est donc la femme de Danny qui est choisie: la femme du chef opérationnel du GCHQ va recroiser son ex! Et pas avec n’importe quel ex, mais un véritable honey trap du gouvernement chinois! Peu importe qu’elle soit une ex-agent du MI6, clairement aucune femme ne peut résister aux charmes de l’Asie, comme nous le prouve le succès de BTS4.
Je me plaignais récemment de l’objectification de Gigi dans les films Gundam Hathaway, et je vois les mêmes écueils ici. Les principales manières dont le scénario met les femmes en avant, c’est: victime de sexisme, en questionnement sur sa sexualité et l’avenir de son couple, ou dans une relation adultère avec un agent chinois. Heureusement que Saara a des capacités qui la mettent en avant, sinon j’aurais vraiment cru que l’éventail des émancipations de la Femme au 21e siècle se limitait à ces trois catégories.
Apparemment la série n’a pas envie de se terminer, et Wikipedia la déclare encore “En production”. Pour moi, c’est poubelle.
Je vous aide: si votre machine se fait infecter, vous la débranchez du réseau et vous l’éteignez. Et ensuite vous en utilisez une seconde, air-gappée, pour analyser votre système frelaté. ↩︎
Très utile au cas où la perfide Albion tenterait de s’opposer à nous, et où l’on aurait besoin de les remettre à leur place! ↩︎
Avec un petit twist: on apprend qu’en fait, c’étaient eux depuis le début! ↩︎
On va pas se mentir, Jungkook ça sonne un peu comme James Bond… ↩︎
