đ Scooby Apocalypse
La licence Scooby-Doo voit le jour en 1969. Depuis, elle est devenue, Ă la maniĂšre dâ Archie dans le monde du comics, un membre rĂ©gulier du paysage tĂ©lĂ©visuel amĂ©ricain, et a traversĂ© les Ăąges, nous apportant donc plusieurs sĂ©ries dâanimation, des films live-action plus ou moins bons1, et sĂ»rement pas mal dâadaptations en comics,⊠jusquâen 2016 avec la sortie de cet Ă©trange objet qui promettait, Ă la maniĂšre dâun cadavre exquis qui aurait mal tournĂ©, de nous montrer Scooby et sa bande tenter de survivre au milieu dâune apocalypse zombie.
Quoi de neuf Scooby-Doo?
Si la sĂ©rie a une telle longĂ©vitĂ©, câest avant tout car sa formule est diaboliquement simple, tant dans sa mise en place que ses dĂ©clinaisons: Ă bord dâun van Ă la limite du flower power, quatre ados aux identitĂ©s bien dĂ©finies, accompagnĂ©s de leur Grand Danois, traversent un pays sans la moindre identitĂ©, pour dĂ©couvrir villages, chĂąteaux, musĂ©es, parcs dâattractions, hĂŽtels,⊠qui vivent tous sous la menace dâun ĂȘtre surnaturel qui habite la zone depuis peu. AprĂšs quelques pĂ©ripĂ©ties, lâĂȘtre surnaturel sera capturĂ©, puis dĂ©masquĂ©, rĂ©vĂ©lant son identitĂ©2 et les tours de passe-passe lui ayant permis de terroriser la population locale. Câest trĂšs facilement dĂ©clinable, mais le plaisir est sans cesse renouvelĂ©.
En 2016, Ă lâoccasion dâun partenariat entre DC Comics et le studio dâanimation Hanna-Barbera, les deux appartenant Ă la mĂȘme compagnie, le projet Hanna-Barbera Beyond est lancĂ©: une ligne de comic books qui reprendrait les cĂ©lĂšbres personnages du studio dâanimation, pour en faire des comics situĂ©s dans des univers darker and edgier, ce qui mĂšne donc Ă la naissance de cet Ă©trange Scooby Apocalypse, imaginĂ© par Jim Lee (qui fera aussi les designs initiaux) et Keith Giffen, lequel travaillera sur le script avec J. M. DeMatteis. Que du beau monde!
Le premier qui change est bien sĂ»r le hĂ©ros Ă©ponyme: il est dĂ©sormais un animal cobaye, liĂ© Ă des expĂ©riences sur lâintelligence des chiens, ce qui rĂ©tro-justifie certains de ses comportements humains dans le dessin animĂ© original, comme marcher sur ses deux pattes arriĂšre, ou ĂȘtre capable de communiquer par les espĂšces de bruits qui sont devenus sa signature.
Son fidĂšle compagnon, Sammy3, reste son ami fidĂšle et fait sa rencontre alors quâil a Ă©tĂ© embauchĂ© pour nourrir et sâoccuper des cobayes. MĂȘme si sa personnalitĂ© change peu, son apparence devient drastiquement diffĂ©rente: lĂ oĂč lâoriginal Ă©taitâŠun ado pothead au look plutĂŽt nĂ©gligĂ©, il se transforme ici en un hipster branchĂ©: chemise de bucheron, barbe soignĂ©e, moustache en guidon, et lobes stretchĂ©s. Je crois mĂȘme me souvenir de tatouages. Il ne gagne pas forcĂ©ment en intelligence, mais il perd clairement en stupiditĂ©, restant le point de vue humain, et le plus Ă mĂȘme dâexprimer ses sentiments sur la situation, ce qui clashe avec son image classique, en bien.
Dans ce mĂȘme laboratoire, au poste de scientifique-en-chef sur un autre projet, se trouve Velma. MĂȘme si elle gagne en background, câest vraimentâŠpeu intĂ©ressant. Son seul trait de personnalitĂ© Ă©tait dâĂȘtre la plus intelligente du groupe, et câest vraiment tout ce quâon en fait. Câest un peu pareil pour Daphne et Fred, la premiĂšre devenant une journaliste dĂ©terminĂ©e, peu futĂ©e, et trĂšs girlboss, le second devenant Ă la fois son camĂ©raman, son himbo, et son love interest. LĂ encore, câest une direction un peu facile, tant le meme de âFred et Daphne vont explorer la chambre au premier Ă©tage, Velma le donjon des horreurs, pendant que Sammy et Scooby vont attirer le fantĂŽme dans les Ă©goutsâ a Ă©tĂ© Ă©culĂ© jusquâĂ perdre toute sa moelle.
Nous on te suit partout
Attention: la simplicitĂ© du changement nâempĂȘche pas ces personnages dâĂȘtre trĂšs bien Ă©crits, dâavoir leurs conflits et Ă©volutions, mais mĂȘme sâil est intĂ©ressant de voir Fred perdre son rĂŽle de leader du groupe (tout en Ă©vitant dâen faire le clichĂ© du jock turbo-mascu), si câest lĂ son seul changement, en plus dâarborer un tatouage tribal, alors vraiment, je trouve cet aspect vraiment trop peu inspirĂ©âŠ
Peut-ĂȘtre aussi que le changement drastique de Sammy, qui a fait parler lors de la sortie, Ă©tait aussi un leurre destinĂ© Ă attirer le chaland, car le changement est surtout intĂ©ressant dans leurs interactions: rendre ces personnages plus ancrĂ©s dans le rĂ©el permet de leur faire vivre des choses que le dessin animĂ© ne se serait jamais permis4. Câest toujours trĂšs juste, et le passĂ© des deux scĂ©naristes sur Justice League International, oĂč la dynamique dâĂ©quipe est au coeur du propos, se ressent clairement.
Si le comics qui adaptait Les Fous du volant a pris le choix de dĂ©marrer in medias res dans un univers post-apocalyptique digne de Mad Max, ce nâest pas le cas ici: nos hĂ©ros ont le droit Ă quelques minutes avant la fin du monde pour se rencontrer, avant de se retrouver coincĂ©s ensemble, comme les derniers survivants. PassĂ©e cette introduction, on trouvera vite un vĂ©hicule blindĂ© dâarmes qui sera employĂ© pour sillonner lâAmĂ©rique, Ă la recherche de survivants, ou dâun remĂšde Ă la crise.
On va résoudre ce mystÚre
MĂȘme si certains monstres seront lâoccasion dâun affrontement spĂ©cial, on quitte totalement la formule originale du monstre de la semaine pour reprendre une structure classique Ă beaucoup de films de zombies: sâenfuir du lieu de dĂ©part, chercher des endroits habitables, se retrouver pris au piĂšge dans un endroit, puis enfin trouver un centre commercial gĂ©ant, le vider de ses zombies, en faire une base, fin.
LĂ encore, jâai lâimpression dâĂȘtre face Ă une histoire peu inspirĂ©e, vue et revue un milliard de fois, et je crains de nâavoir quâĂ moitiĂ© raison: les histoires dâinvasion zombies ont toujours Ă©tĂ© des excuses pour parler de condition humaine, ou pour Ă©crire des personnages diffĂ©rents forcĂ©s Ă coopĂ©rer ensemble en situation de danger mortel. Comme dit plus haut, on est clairement sur la seconde, ce qui ne porte en aucun cas prĂ©judice Ă la sĂ©rie, mais une partie de moi avait envie de plus: plus dâinvention, plus de surprises, plus de raisons dâexister,âŠ
MalgrĂ© mes dĂ©ceptions, ou plutĂŽt mes attentes (auxquelles la sĂ©rie nâavait pas prĂ©vu de rĂ©pondre), je reste satisfait de ma lecture. Jâavais trĂšs peur dâune fin ouverte, ou dâune fin queue de poisson, mais du haut de ses trente-six numĂ©ros, la sĂ©rie a su proposer une intrigue complĂšte, rĂ©pondre Ă toutes ses questions, et rĂ©soudre tous les problĂšmes quâelle avait ouverts.
